La question du confort d’été devient incontournable dans la construction neuve. En juin 2026, la France a connu le mois de juin le plus chaud jamais enregistré, avec une température moyenne supérieure de 3,8 °C aux normales de saison. Une canicule précoce, durable et particulièrement intense a concerné une grande partie du territoire.
Face à la multiplication des épisodes de chaleur, un bâtiment performant ne peut donc plus seulement être conçu pour limiter ses besoins de chauffage en hiver. Il doit également rester habitable pendant les périodes caniculaires, en limitant autant que possible le recours à la climatisation.
C’est précisément l’un des changements importants apportés par la réglementation environnementale RE2020.
De la température intérieure conventionnelle aux degrés-heures
Sous la RT2012, le confort d’été était principalement évalué à travers la température intérieure conventionnelle, appelée Tic.
Cette méthode vérifiait que la température maximale atteinte dans le bâtiment ne dépassait pas une température de référence. Elle donnait cependant une vision assez limitée du confort réellement ressenti par les occupants.
Depuis l’entrée en vigueur de la RE2020, le moteur de calcul utilise un nouvel indicateur : les degrés-heures d’inconfort, ou DH.
Cet indicateur ne mesure pas uniquement la température maximale atteinte. Il prend également en compte :
- l’intensité de la surchauffe ;
- la durée pendant laquelle cette surchauffe se produit ;
- les horaires d’occupation du bâtiment ;
- la capacité du bâtiment à évacuer la chaleur ;
- l’adaptation progressive des occupants aux températures estivales.
Le DH permet donc d’évaluer de manière plus complète le risque d’inconfort pendant une période chaude.
Comment les degrés-heures sont-ils calculés ?
Le principe peut être résumé simplement : pour chaque heure pendant laquelle la température intérieure dépasse le seuil de confort, le moteur de calcul comptabilise l’écart constaté.
Par exemple, si la température intérieure dépasse le seuil de confort de 2 °C pendant trois heures, le calcul comptabilise :
2 °C × 3 heures = 6 °C.h
Toutes les heures d’inconfort sont ensuite additionnées sur la période étudiée.
Plus le résultat en degrés-heures est élevé, plus le bâtiment risque de connaître des périodes de surchauffe longues ou importantes.
La température de confort retenue par la méthode RE2020 n’est toutefois pas entièrement fixe. La nuit, le seuil est fixé à 26 °C. Pendant la journée, il peut évoluer progressivement jusqu’à environ 28 °C en fonction des températures extérieures observées au cours des jours précédents. Cette approche traduit le phénomène d’adaptation des occupants à une période chaude.
Le moteur RE2020 simule une période caniculaire
Le calcul réglementaire ne repose pas uniquement sur une année météorologique moyenne.
Pour évaluer le confort d’été, le moteur RE2020 utilise des fichiers météorologiques comprenant une séquence caniculaire inspirée de l’épisode de 2003. L’objectif est de tester le comportement du bâtiment lorsqu’il est soumis à plusieurs journées très chaudes consécutives.
Le moteur réalise une simulation heure par heure en tenant notamment compte :
- de la température extérieure ;
- du rayonnement solaire ;
- de l’orientation des façades et des vitrages ;
- des protections solaires ;
- de l’inertie thermique du bâtiment ;
- de l’ouverture possible des fenêtres ;
- de la ventilation ;
- des apports de chaleur générés par les occupants et les équipements ;
- des scénarios conventionnels d’occupation.
Il estime ensuite l’évolution de la température intérieure et calcule le nombre total de degrés-heures d’inconfort.
Il faut néanmoins garder à l’esprit qu’il s’agit d’un calcul réglementaire conventionnel. Le résultat ne constitue pas une prévision exacte de la température qui sera réellement mesurée dans chaque pièce du bâtiment. Le comportement des occupants, l’ouverture effective des fenêtres, l’utilisation des protections solaires ou encore l’environnement urbain peuvent fortement influencer les températures réelles.
Quels sont les seuils prévus par la RE2020 ?
La réglementation distingue trois situations.
Moins de 350 DH : un bâtiment considéré comme confortable
Lorsque le résultat est inférieur à 350 °C.h, le bâtiment est considéré comme suffisamment confortable pendant la période caniculaire simulée.
Il respecte l’exigence réglementaire sans pénalité supplémentaire liée au refroidissement.
Entre 350 DH et le seuil DHmax : un bâtiment conforme, mais perfectible
Lorsque le résultat dépasse 350 °C.h tout en restant inférieur au seuil maximal applicable, le bâtiment reste conforme à la RE2020.
La réglementation considère cependant qu’un besoin de refroidissement peut apparaître. Un forfait de consommation lié au refroidissement est alors ajouté au calcul énergétique du bâtiment.
Cette consommation conventionnelle peut dégrader les indicateurs Cep, Cep,nr et Ic énergie, même lorsqu’aucun système de climatisation n’est réellement prévu dans le projet.
L’objectif est d’inciter les concepteurs à réduire les surchauffes par des solutions architecturales et passives plutôt que de compter uniquement sur l’installation future d’une climatisation.
Au-delà du DHmax : le projet n’est pas conforme
Lorsque le nombre de degrés-heures dépasse le seuil maximal réglementaire, appelé DHmax, le projet ne respecte pas l’exigence de confort d’été de la RE2020.
Le seuil DHmax n’est pas identique pour tous les bâtiments. Il dépend notamment :
- de l’usage du bâtiment ;
- de la zone climatique ;
- des contraintes empêchant l’ouverture des fenêtres ;
- de l’exposition au bruit ;
- de la présence éventuelle d’un système de refroidissement ;
- de la typologie et de la surface des logements.
Pour une maison individuelle, par exemple, le seuil maximal est généralement de 1 250 °C.h en l’absence de contrainte extérieure particulière. Il peut atteindre 1 850 °C.h lorsque le bâtiment se trouve dans une situation extérieure considérée comme contrainte.
La climatisation règle-t-elle le problème dans le calcul ?
Pas directement.
L’indicateur DH cherche avant tout à évaluer le comportement passif du bâtiment. Pour son calcul, le système de climatisation est donc désactivé, même lorsqu’une climatisation est prévue dans le projet.
Un bâtiment climatisé doit ainsi rester sous le seuil DHmax grâce à sa conception, à ses protections solaires, à son inertie, à sa ventilation et aux autres dispositifs de rafraîchissement passif.
La consommation réelle ou conventionnelle du système de climatisation est ensuite intégrée séparément dans les indicateurs énergétiques.
Cette méthode évite qu’une conception très exposée aux surchauffes soit rendue conforme par la seule installation d’un équipement de refroidissement énergivore.
Quels éléments ont le plus d’influence sur le confort d’été ?
Les résultats du calcul dépendent fortement des choix réalisés dès la conception du bâtiment.
Les surfaces vitrées et leur orientation
Les vitrages laissent entrer une quantité importante d’énergie solaire.
Les baies orientées à l’ouest sont souvent particulièrement sensibles en été, car elles reçoivent le soleil en fin de journée, lorsque la température extérieure est déjà élevée.
Les grandes surfaces vitrées peuvent donc être intéressantes pour les apports solaires hivernaux, mais elles doivent être accompagnées de protections adaptées.
Les protections solaires extérieures
Les volets, brise-soleil orientables, stores extérieurs, débords de toiture et casquettes permettent d’arrêter une partie du rayonnement avant qu’il ne traverse le vitrage.
Une protection extérieure est généralement beaucoup plus efficace qu’un rideau ou un store intérieur, car la chaleur est bloquée avant de pénétrer dans le bâtiment.
L’inertie thermique
Les matériaux lourds, tels que le béton, la pierre ou certaines maçonneries, peuvent absorber une partie de la chaleur pendant la journée et la restituer plus tard.
Cette inertie est particulièrement intéressante lorsqu’elle est associée à une ventilation nocturne efficace. Le bâtiment peut alors se refroidir pendant la nuit avant d’absorber de nouveau une partie des apports du lendemain.
L’inertie ne suffit toutefois pas si la chaleur accumulée ne peut pas être évacuée.
La ventilation nocturne
L’ouverture des fenêtres pendant les heures les plus fraîches peut fortement améliorer le confort d’été.
Le moteur de calcul tient compte des possibilités d’ouverture des baies selon des scénarios conventionnels. La configuration traversante d’un logement, permettant de créer un courant d’air entre plusieurs façades, constitue souvent un avantage important.
Dans certains environnements, cette stratégie peut cependant être limitée par le bruit extérieur, les risques de sécurité, la pollution ou l’absence de baisse suffisante des températures pendant la nuit.
La couleur des parois et des toitures
Les surfaces sombres absorbent davantage le rayonnement solaire. À l’inverse, les revêtements clairs ou réfléchissants peuvent limiter l’échauffement des façades et des toitures.
Cette question devient particulièrement importante pour les toitures-terrasses et les bâtiments fortement exposés au soleil.
La végétation et l’environnement du bâtiment
Les arbres à feuilles caduques, les espaces végétalisés et les sols perméables peuvent réduire l’exposition solaire et limiter localement l’échauffement de l’air.
À l’inverse, un bâtiment situé au cœur d’une zone très minérale peut subir l’effet d’îlot de chaleur urbain. Les chaussées, façades et surfaces imperméables accumulent la chaleur pendant la journée et la restituent pendant la nuit, ce qui réduit les possibilités de rafraîchissement naturel.
La conformité RE2020 garantit-elle l’absence de surchauffe ?
Non.
Un bâtiment conforme à la RE2020 peut malgré tout connaître des températures élevées pendant une canicule réelle.
La réglementation fixe un niveau minimal à respecter, sur la base de scénarios conventionnels identiques pour tous les projets. Elle ne peut pas reproduire parfaitement :
- les habitudes de chaque occupant ;
- une mauvaise utilisation des volets ;
- des fenêtres laissées fermées la nuit ;
- une occupation plus importante que celle prévue dans le calcul ;
- l’ajout d’équipements électriques produisant de la chaleur ;
- une canicule plus sévère que le scénario réglementaire ;
- l’évolution future du climat pendant toute la durée de vie du bâtiment.
Le Cerema souligne d’ailleurs que l’indicateur DH constitue une amélioration par rapport à la réglementation précédente, mais que les exigences actuelles restent relativement faciles à atteindre dans certaines régions situées hors de la zone méditerranéenne.
Cette limite prend une importance particulière dans le contexte climatique actuel. Selon Météo-France, les vagues de chaleur, autrefois observées en moyenne un été sur cinq avant 1989, surviennent désormais chaque année depuis le début des années 2000.
Faut-il aller au-delà du calcul réglementaire ?
Pour les bâtiments sensibles ou fortement exposés, le calcul RE2020 peut utilement être complété par une simulation thermique dynamique, également appelée STD.
Cette étude permet d’utiliser des scénarios plus détaillés et adaptés au projet :
- fichiers météorologiques futurs ;
- canicules plus longues ou plus intenses ;
- températures pièce par pièce ;
- comportement réel des occupants ;
- différents scénarios d’ouverture des fenêtres ;
- efficacité des protections solaires ;
- évolution des températures nocturnes ;
- risque de surchauffe à l’horizon 2050 ou 2100.
Cette approche permet de vérifier non seulement la conformité réglementaire du projet, mais également sa capacité à rester confortable pendant plusieurs décennies.
L’enjeu est important : dans une France à +4 °C, Météo-France estime que les températures supérieures à 40 °C pourraient se produire chaque année et que le nombre de jours de vague de chaleur pourrait être multiplié par dix à l’horizon 2100.
Concevoir aujourd’hui les bâtiments adaptés aux étés de demain
La RE2020 marque une réelle évolution dans la prise en compte du confort d’été. Avec l’indicateur DH, elle ne se contente plus de vérifier une température maximale : elle mesure également la durée et l’intensité des périodes d’inconfort.
Mais la conformité réglementaire ne doit pas être considérée comme une finalité absolue.
Un projet réellement adapté aux canicules doit associer plusieurs leviers :
- une conception bioclimatique cohérente ;
- des surfaces vitrées maîtrisées ;
- des protections solaires extérieures ;
- une ventilation nocturne efficace ;
- une inertie adaptée ;
- une bonne isolation de la toiture ;
- une limitation des apports internes ;
- la végétalisation des abords ;
- des systèmes de rafraîchissement sobres lorsque cela est nécessaire.
Le confort d’été ne se corrige pas uniquement à la fin du projet en ajoutant une climatisation. Il doit être étudié dès les premières esquisses, au même titre que les performances énergétiques hivernales et l’impact carbone du bâtiment.
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