Adoptée en 2022, la réglementation environnementale RE2020 marque une évolution majeure dans la manière de concevoir les bâtiments neufs en France. Elle vise à réduire l’empreinte carbone du secteur de la construction tout en améliorant la performance énergétique et le confort des occupants.
Après plusieurs années d’application, le gouvernement prévoit désormais des ajustements pour faciliter sa mise en œuvre, tout en conservant les objectifs environnementaux fixés.
Plusieurs textes réglementaires sont attendus au premier semestre 2026 afin d’apporter ces évolutions.
Une réglementation ambitieuse pour le bâtiment
La RE2020 introduit notamment une approche plus globale de la performance environnementale des bâtiments. Elle repose en particulier sur l’analyse du cycle de vie (ACV), qui permet d’évaluer l’impact carbone d’un bâtiment depuis la fabrication des matériaux jusqu’à sa fin de vie.
Cette évolution vise à encourager :
- des matériaux plus sobres en carbone
- des systèmes énergétiques plus performants
- des bâtiments mieux adaptés au climat futur
Le ministère du Logement rappelle toutefois que la transition environnementale doit rester compatible avec les besoins en logements.
Comme l’a déclaré le ministre du Logement Vincent Jeanbrun :
« Cette exigence environnementale n’est pas négociable, mais elle ne doit jamais devenir un frein pour construire les logements dont les Français ont besoin. »
Un rapport pour mesurer l’impact économique
Les ajustements envisagés s’appuient notamment sur le rapport remis en juillet 2025 par l’entrepreneur Robin Rivaton, chargé d’évaluer l’impact économique de la réglementation.
Ce rapport met en évidence une dynamique déjà engagée dans le secteur. Entre mai 2024 et avril 2025, 15 000 à 25 000 logements collectifs sur environ 220 000 autorisés respectaient déjà les objectifs carbone prévus pour l’étape de 2028.
Cependant, l’étude souligne également certains surcoûts liés à la mise en œuvre de la RE2020, estimés notamment à :
- +2 % pour l’isolation
- +3 % pour les systèmes de chauffage et d’eau chaude
- jusqu’à +6 % pour la décarbonation des matériaux
À horizon 2035, la hausse globale des coûts pourrait atteindre environ +11 %, hors gains liés aux progrès techniques et à l’amélioration des méthodes de construction.
Des modulations envisagées sans remettre en cause les objectifs
Le rapport Rivaton propose 23 recommandations visant à ajuster certains paramètres de la réglementation.
L’objectif n’est pas de remettre en cause les ambitions environnementales, mais plutôt d’éviter certains effets indésirables.
Par exemple, certaines exigences peuvent avoir un impact indirect sur :
- la taille des balcons ou loggias
- les espaces extérieurs privatifs
- la hauteur sous plafond des logements
Le rapport suggère donc d’adapter certains seuils carbone pour préserver la qualité d’usage des logements, afin d’éviter d’arbitrer entre performance environnementale et confort des occupants.
Des règles adaptées à certains types de bâtiments
Plusieurs ajustements concernent également des situations particulières.
Le gouvernement souhaite notamment :
- adapter les exigences pour les immeubles de grande hauteur (IGH), qui doivent respecter des contraintes spécifiques de sécurité
- mieux prendre en compte les logements collectifs de petite surface, comme les résidences étudiantes
- encourager les surélévations et extensions en allégeant les règles lorsque l’agrandissement représente moins de 30 % de la surface existante
Ces évolutions visent à faciliter certains projets tout en maintenant un cadre environnemental cohérent.
Le confort d’été également au cœur des évolutions
Le sujet du confort d’été fait également partie des axes de réflexion.
L’indicateur actuel pourrait évoluer afin de mieux prendre en compte :
- les vagues de chaleur plus fréquentes
- les conditions climatiques futures
- les scénarios d’occupation des bâtiments
L’objectif est de garantir un meilleur confort thermique sans augmenter excessivement la consommation énergétique.
Deux décrets attendus en 2026
Le ministère du Logement prévoit la publication :
- d’un premier décret et d’un arrêté au printemps 2026, après consultation publique
- d’un second décret au cours du premier semestre 2026, consacré notamment à l’évolution de l’indicateur de confort d’été et à l’actualisation des seuils carbone
Selon le gouvernement, ces mesures doivent permettre de faciliter la mise en œuvre de la RE2020 tout en conservant son ambition environnementale.
Un cadre réglementaire en évolution
Comme toute réglementation technique, la RE2020 continue d’évoluer à mesure que les retours d’expérience du terrain s’accumulent.
Ces ajustements témoignent de la volonté des pouvoirs publics d’adapter progressivement la réglementation, afin de concilier transition écologique, qualité des logements et capacité de production du secteur du bâtiment.
Pour les professionnels comme pour les maîtres d’ouvrage, la compréhension des exigences RE2020 et de leurs évolutions reste donc un enjeu majeur dans la conception des projets de construction neuve.